Alexandru BADIU, Responsable pôle Data Analytics chez Décilia & MVP Power BI
Aujourd’hui, n’importe qui peut créer une application en quelques minutes avec l’aide de l’IA. La mettre réellement en service, c’est une autre histoire.
Où stocker les données ? Comment sécuriser les accès ? Comment relier tout ça au reste de votre écosystème analytique ? Chaque question ouvre un ticket, un budget, plusieurs semaines de développement.
C’est ce fossé que Microsoft a voulu combler avec Rayfin. Attention à un malentendu fréquent : ce n’est ni un concurrent de Power BI, ni un constructeur d’applications. Voici ce qu’il faut vraiment en retenir.
Rayfin et Fabric App ne désignent pas la même chose, et les confondre entretient beaucoup de malentendus. Rayfin est la technologie qui permet de construire. La Fabric App est le résultat, une fois déployé dans votre environnement Fabric.
Sachin Patney, qui dirige l’équipe Rayfin chez Microsoft, résume l’esprit du projet : « Power Apps est un constructeur d’applications de bout en bout, Rayfin n’en est pas un. » C’est un service qui prend en charge la plomberie technique, base de données, sécurité et accès, pendant que vos équipes se concentrent sur ce que l’application doit faire.
Cela reste du code. Mais le principe parlera aux habitués de Power BI : vous décrivez ce que vous voulez obtenir, et le moteur le construit pour vous.
Un rapport Power BI et une Fabric App ne se font pas concurrence. Le rapport est une vitrine claire et bien gouvernée : il montre l’état de vos données. L’app est un outil de travail, plus flexible, qui permet d’agir dessus.
Trois choses qu’une Fabric App fait et qu’un rapport ne fait pas aujourd’hui :
- Écrire dans les données, et pas seulement les afficher. Power BI propose des solutions partielles, mais elles restent limitées.
- Accepter la contribution d’une personne extérieure à l’entreprise, sans compte nominatif.
- Utiliser n’importe quelle bibliothèque de visualisation du marché.
Un cadrage évite beaucoup de comparaisons faussées. Rayfin ne remplace ni vos rapports, ni Power BI Embedded. Ce qu’il remplace, c’est publish to web, la publication publique d’un rapport. La seule capacité vraiment neuve, c’est l’écriture par une personne extérieure.
Alexandru, notre expert Power BI, a construit plusieurs applications pour tester le concept sur des besoins réels.
1. Une galerie de visuels partageable en équipe. Un catalogue des visualisations créées en interne, pour que les bonnes idées ne restent pas enfermées dans le rapport où elles sont nées.
2. Un apprentissage gamifié. Former ses équipes à Power BI, à Fabric ou à la sécurité informatique par un jeu plutôt que par un module classique. Les taux de complétion sont nettement meilleurs.
3. Une application métier avec écriture des données. L’utilisateur consulte, puis corrige, valide ou commente. L’information repart nourrir l’analytique.
4. Un monitoring et une gouvernance sur mesure. Reprendre le contrôle sur qui consomme quoi dans votre environnement Fabric.
5. Une documentation vivante de vos rapports. Une doc qui vit à côté des rapports qu’elle décrit, plutôt qu’un fichier qui vieillit dans un coin.
Point commun aux cinq : elles vivent dans un espace de travail que vous payez déjà. Une application de plus ne veut pas dire une licence de plus.
Trois repères pratiques.
- Il faut une capacité Fabric F2 au minimum, et un réglage à activer par un administrateur. La fonctionnalité est encore en préversion.
- Au premier usage de la journée, l’application démarre plus lentement, le temps que la base se réveille.
- Donner un accès administrateur sur l’espace de travail ne donne pas automatiquement accès à l’application. Les deux se gèrent séparément.
⚠ Avertissement : Les données saisies dans une Fabric App sont lisibles par toute personne ayant accès à l’espace de travail, indépendamment des droits posés sur l’application elle-même. Pour la confidentialité, le périmètre à raisonner est l’espace de travail, pas l’application.
Ce que nous observons chez nos clients : la technologie seule ne suffit pas. Ce qui sépare une démo d’une application que l’équipe peut reprendre, c’est le cadre qu’on lui donne. Des pratiques définies, des vérifications à chaque étape, une validation humaine avant la mise en service.
Sur le papier, l’argument est séduisant. L’application est hébergée sur un espace de travail F2. Le lecteur reçoit un accès en lecture (Viewer) sur cet espace, plus la permission Build sur le modèle sémantique. Une licence Fabric gratuite lui suffit, là où le partage d’un rapport classique exige une licence Power BI Pro.
Une nuance à connaître avant d’arbitrer : Build est une permission élevée, pas un simple droit de lecture. Microsoft a annoncé un allègement vers la lecture seule pour les consommateurs. Vérifiez où en est ce point avant de dimensionner vos accès.
Les ordres de grandeur, constatés au 6 juillet 2026 :
| Chemin | Coût mensuel |
|---|---|
| Power BI Pro, par utilisateur | 14 $ par utilisateur, soit 280 $ pour 20 personnes |
| Capacité F64 ou plus, pour partager avec des licences gratuites | environ 5 000 $ |
| F2 à la demande | environ 250 $ |
| F2 en réservation annuelle | environ 156 $ |
Mais il y a une réserve de taille. La facturation dépend de la consommation de capacité, et à ce jour ni Microsoft ni la communauté n’ont publié de calcul précis sur un volume de données important. Chez Décilia, nous avons construit plus d’une dizaine d’applications, toutes sur un F2, sans incident. Ce ne sont pas des charges de production pour autant. Il est encore trop tôt pour promettre un budget avant d’avoir testé sur sa propre charge de travail, et c’est le point que nous surveillons le plus.
Rayfin est en préversion. Microsoft vise une disponibilité générale fin 2026 et déconseille les charges critiques en production d’ici là.
Les limites connues au 7 septembre 2026 : pas de comptes visiteurs pour les utilisateurs externes, pas d’appel vers des API tierces, et une disponibilité restreinte à certaines régions. Rien de tout cela n’est caché. C’est documenté, et ça évolue vite.
- Rayfin ne remplace pas Power BI. Il comble ses angles morts, l’écriture de données et le partage avec des personnes extérieures à l’entreprise.
- Ce qui est remplacé, c’est publish to web. Ni vos rapports, ni Power BI Embedded ne sont concernés.
- Le modèle sémantique n’est pas détrôné, il devient plus central.
- Le coût réel à grande échelle reste peu documenté. Mesurez sur votre charge avant d’annoncer un budget.
💡 Et si vos équipes relevaient le même challenge ?
Chez Décilia, nous suivons ce sujet de près et nous l’avons déjà testé concrètement. Vous travaillez avec Power BI et vous vous demandez ce que Fabric Apps pourrait changer pour vous ? Parlons-en, et venons vous montrer ça en vrai, chez vous ou chez nous.